Noa

Marée

Je fis un pas sur la plage déserte, l’air iodé me caressait doucement et  chuchotait des mots inaudibles dans mon oreille. Le sable se faufilait entre mes orteils, les chatouillant légèrement. Chacune des mes inspirations laissait entrer la paix dans mon âme fatiguée et tourmentée. J’observais la composition parfaitement équilibrée et harmonieuse qui se déroulait devant moi. J’ essayai de faire un pas pour m’approcher de l’eau mais je n’y parvint pas, c’était comme si une force étrange mais apaisante me retenait sur place. Je la sentis se faufiler dans ma tête et effacer toutes mes pensées, tous mes souvenirs. Je n’étais plus Taehyun, j’étais tout simplement un être humain. Quelle sensation étrange…Cette force s’était installée dans mon esprit et m’empêchait de penser et pour une fois ceci ne me dérangeait pas, je me contentais de ressentir.

Tout d’un coup le son berceur des vagues qui caressait le sable fin s’arrêta et le bruit familier d’un grelot retentit. J’ouvris mes yeux et cette sensation de sérénité me quitta, trop rapidement à mon goût. J’étais toujours dans l’épicerie, mêmes odeurs de soja et de riz, mêmes murs délavés…

« Bonsoir » dis-je au vieil homme qui s’avançait péniblement à l’entrée de l’épicerie (celle ci était devenue en seulement quelques mois mon asile).

Il me répondit d’un bref hochement de tête sans pour autant faire l’effort de se tourner vers moi. Cela m’aurait vexé deux ou trois mois auparavant mais avec le temps je m’y étais habitué, les clients étaient devenus mon passe temps favori, n’ayant pas grand choses à faire, à part occasionnellement  re stocker les étagères et faire la poussière ici et là. Je les analysais, j’étudiais de façon méticuleuse leur apparence, m’assurant de ne laisser aucun détail me filer sous le nez…à vrai dire les gens me fascinaient pour une raison qui me demeurait inconnue.

Cet homme là était vêtu comme la majorité des hommes de Nampo, d’un gros blouson noir et un vieux pantalon en toile, son blouson tout comme son pantalon était décrépit, il avait très clairement connu des jours meilleures, on pouvait apercevoir quelques trous recousus maladroitement, la décoloration sur les manches et les fils sur les cotés sur le point de céder. Il ressemblait en quelque sorte à son propriétaire, tous deux était prêt à rendre l’âme. Les cheveux courts de cet homme lui donnaient un air hostile mais dans ses yeux je parvins à apercevoir l’exaspération omniprésente. Par contre, en prenant le temps de les observer un peu plus minutieusement, je parvins à apercevoir un semblant de paix.

Je souris antérieurement, heureux de savoir que quelques personnes, malgré la rude vie que chacun de nous menions, trouvaient un moyen de conserver la paix dans leur âme. Cette paix était après tout la seule forme de liberté que nous avions.

L’homme disparut derrière les étagères pendant quelques instants et réapparut avec une boite de haricots en conserve. Il les déposa en face de moi et attendit sans broncher que je lui donne le prix de son achat.

« 5 500 won » lui dis-je d’une voix monotone.

Il sortit son porte monnaie de sa poche et l’ouvrit maladroitement faisant tomber la moitié de son contenu sur le carrelage devenu gris avec le temps. Un juron s’échappa de ses lèvres fines et ridées. Cette petite scène réussit à faire apparaitre l’ombre d’un sourire au coin de ma bouche mais je m’empressa de reprendre un air sterne quand il se releva après avoir fini de ramassé les pièces qui s’étaient échappées du porte monnaie. Il déposa le montant sur le comptoir, prit la boite d’haricots et se dépêcha de sortir de l’épicerie du mieux qu’il pût.

« Au revoir, merci d’être passé »

Je jeta un coup d’oeil à la petite horloge sur le mur en face de moi: 19h48.

La journée était passée relativement vite avec seulement trois ou quatre personnes venues pour acheter du Bibimbap du Injo Gogi ou alors comme le vieillard une boite de haricots en boite.

Me hissant de derrière le comptoir j’entrepris de remettre les choses en place et passer un coup de balais avant de fermer l’épicerie.

Le bruit de mes pas raisonnait dans l’allée déserte, je haïssais ce genre de moments, ils était si dangereux mais si beau en même temps. C’était dans ce genre de moments que mon esprit commençait à vagabonder et à visiter des endroits que je ne pourrais jamais atteindre puis après ses petites balades il me laissait livré à moi même, livré au souvenirs des moments que je n’avais jamais vécu, manquer des choses que je n’ai jamais eu. L’atmosphère de l’allée qui me semblait interminable devint soudain morose, le vent frais commença à souffler fort me faisant doucement frissonner. Je marchai pendant encore quelques minutes avant de finalement arriver chez moi. Une fois à l’intérieure je retira mes chaussures et alla dans la salle de bain.

« Fais toi couler un dernier bain tu le mérites quand même » marmonnais-je.

Le bruit de l’eau qui coulait dans le bain me mettais à l’aise et la vapeur commençait à ce disperser dans la petite pièce. J’ouvris alors la pharmacie pour en sortir une petite bouteille qui contenait les cachets magiques, le remède. Ces petites choses avaient ma vie entre leurs mains. J’essaya de penser aux choses qui pouvait me garder ici ,comme tant d’autres fois, me donner une raison de ne pas faire le grand saut mais rien ne me vint à l’esprit. Mon heure était venue.

 

J’ouvris la bouteille et déversa son contenu dans le creux de ma main. Ces petits cachets allaient  m’emmener sur l’ile idyllique qui m’appelais depuis des mois. Sans réfléchir je les avala, pris un gobelet que je remplis d’eau et le bu pour permettre aux cachets de descendre plus facilement. Je me hissa dans la baignoire faisant déborder de l’eau sur le carrelage. Submergé mon corps se relaxa instantanément mes paupières s’alourdirent, ma respiration ralentis tout comme les battements de mon coeur.

Les vagues, le sable, l’air marin, les oiseaux…j’entendais et je ressentais tout. Cette fois ci j’avais les pieds dans l’eau et pour une seconde fois je ne pensais plus. Je ressentais. J’étais enfin arrivé et la peur de devoir repartir avait finalement disparue. J’étais serein.

Nöa Loddé

Classe de 2nd